Dans le cadre du cycle "IMAGE FIXE, IMAGE MOUVANTE"
Qu’est-ce que voir une image ?
Mardi 13 juillet 2004 à 18h30
On associe spontanément l’image à la vision parce que nous identifions aussi naturellement image et spectacle. Les choses ne sont pas si simples. L’histoire théologique et philosophique témoigne de la vivacité des débats qui opposèrent les défenseurs de l’image à leurs adversaires. Tous défendirent l’image, reconnaissant en elle une opération structurante, mais pour les uns elle devait rester invisible alors que pour les autres la visibilité était sa condition nécessaire.
Est-il possible de concevoir un traitement du visible qui respecte l’invisibilité de l’image ? Si c’est le cas, il faut donc reprendre la définition différentielle de l’image et du visible pour construire la question du sens partagé dans l’expérience sensible ? Si le visible est déterminé par la vision, il est en effet irréductible au partage. La question qui porte sur le voir ne peut échapper à celle qui porte sur la parole elle-même. Ne faut-il pas dire alors que voir une image, c’est partager le visible par l’usage de la parole ? Voir une image, c’est déjà voir ensemble ce qui est montré à des sujets parlants. Dès lors, on peut revenir à l’analyse de ce qui permet de distinguer non seulement image et vision mais aussi image et spectacle.
Les controverses actuelles qui traversent le monde du spectacle montrent clairement que la question "qu’est-ce que voir une image ?" revient à demander : qu’est-ce qu’un spectateur et quelle est sa place ? Est-il toujours reconnu quand on lui donne à voir dans sa situation de sujet de la parole et de la pensée ?
Marie-José Mondzain est philosophe et écrivain, membre de L’Exception.
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Economie du cinéma
Samedi 10 juillet à 18 h 30.
La lente invention du modèle français et ses étapes
Le cinéma n’est pas né seulement en France. Edison avant les Lumières lui a apporté des inventions majeures, même si ce sont eux qui ont parfait le dispositif en lui ajoutant notamment la part que l’on sait décisive de la projection.
Mais la France est le pays de la cinéphilie. Intellectuels de renom, revues spécialisées, ciné-clubs, cinémathèques, salles d’art et essai parisiennes ont forgé cette tradition, ici répandue plus que partout ailleurs au monde, en profondeur réflexive comme en surface sociale.
Elle est aussi depuis de nombreuse années le pays qui défend une certaine idée du cinéma, art autant que loisir, celui qui accueille et soutient des cinéastes de tous les pays qui n’ont pas de cinématographie forte, celui où l’on chante l’ "exception culturelle", celui où l’Etat organise et apporte un soutien financier important et constant.
En résulte une économie atypique, en partie hors marché, faite de dispositifs de soutien très sophistiqués organisés par l’Etat en étroite liaison avec la profession elle-même. Ce système s’est forgé tout au long des soixante dernières années, pas à pas, franchissant des étapes décisives sans parfois que celles-ci soient repérées comme telles au moment où elles étaient produites. Peu à peu, le modèle a sédimenté l’adhésion de l’ensemble des professionnels du cinéma et des forces politique nationales jusqu’à faire croire à son quasi "état de nature".
On voudrait ici au contraire, par un récit à base chronologique, restituer les moments forts de l’invention du modèle, ses tournants faits de nouveaux paradigmes parfois audacieux et en rappeler la naissance souvent conflictuelle, loin du consensus admis aujourd’hui.
Ce faisant, le récit traitera autant d’action publique et collective que d’économie du cinéma au sens strict et débouchera sur quelques interrogations très contemporaines.
Marc Nicolas est directeur de la FEMIS, membre de L’Exception.
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